anep-logo-new

الجمعة، 2 جانفي 2026

  • Logo of instagram
  • Logo of facebook
  • Logo of youtube
  • Logo of tiktok

Le basculement silencieux : l’Algérie face au miroir de Dan Wang

Le basculement silencieux : l’Algérie face au miroir de Dan Wang


Redha Benyamina 

Ingénieur 


L’économiste Dan Wang décrypte un basculement mondial aussi puissant que silencieux : le monde se partage désormais entre les civilisations qui bâtissent et celles qui réglementent. La Chine, dit-il, est devenue un « pays d’ingénieurs » qui transforme le réel à coups de barrages, de TGV et de centrales. L’Occident, un « pays d’avocats » qui produit des normes, des directives, et administre la complexité jusqu’à l’immobilisme. L’un coule du béton. L’autre rédige des manuels pour des infrastructures qu’il ne construira plus.

Ce miroir tendu à la planète nous renvoie, Algériens, une image à la fois familière et troublante. Car nous vivons précisément cette tension en notre sein. Notre fierté, c’est cette jeunesse brillante, cette armée de futurs ingénieurs, de techniciens, de bâtisseurs en herbe dont les rêves ont la taille du pays. Leur énergie est palpable, leur soif de concret, immense.

Pourtant, trop souvent, cette formidable pulsion créatrice se heurte à l’autre réalité de notre système : une inertie procédurière, un labyrinthe de règlements où le projet s’enterre sous les avis, les signatures et les comités. Nous aimons le tampon autant que le terrain, le dossier parfait plus que l’ouvrage utile. Nous formons des esprits audacieux, puis nous les contraignons dans un carcan de méfiance administrative.

La question posée par Wang n’est donc pas théorique pour nous : combien de temps peut-on réglementer un monde que d’autres construisent ? Pour l’Algérie, elle se double d’une urgence intérieure : combien de temps pouvons-nous entraver notre propre génie ?

L’enjeu n’est pas de renier toute règle, mais de les réinventer en outils au service de l’action. Il est de faire du juriste le facilitateur de l’ingénieur, et non son garde-fou paralysant. Il est de passer d’une culture du contrôle stérile à une culture du résultat exigeant.


Le monde avance, porté par ceux qui osent. L’Algérie a tout pour être de ceux-là : la matière grise, la ressource, la force. Il lui manque peut-être ce dernier élan : le courage collectif de simplifier, de faire confiance à son propre talent, et de laisser enfin cette énergie jeune et concrète transformer le pays. Le temps n’est plus aux rapports, mais aux réalisations. Le choix est là, devant nous : administrer notre déclin, ou bâtir notre avenir.

اخبار اخرى